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lundi 4 avril 2011

Fukushima. La mort et la menace...

PUBLIÉ LE 03/04/2011 06:28 - MODIFIÉ LE 04/04/2011 À 10:23 | PROPOS RECUEILLIS PAR PIERRE CHALLIER ROLAND DESBORDES PRÉSIDENT DE LA CRIIRAD.

Fukushima. La mort et la menace...


La centrale nucléaire Fukushima, au nord-est du Japon, le 12 mars 2011
La centrale nucléaire Fukushima, au nord-est du Japon, le 12 mars 2011 AFP
Ce week-end aurait dû être un moment de fête et de bonheur dans tout le pays : la floraison des cerisiers à Tokyo et dans le reste de l'archipel nippon. Il n'en a rien été… Car la découverte d'une fissure sur une structure en béton du réacteur n° 2 a ravivé, hier, les inquiétudes concernant la situation à la centrale nucléaire de Fukushima. D'après la Tepco (Tokyo Electric Power) qui exploite la centrale, cette fissure pourrait être à l'origine d'une fuite radioactive dans l'océan Pacifique. À l'endroit de cette brèche, Tepco a mesuré une radioactivité de 1 000 millisieverts par heure. Confronté à cette nouvelle difficulté, l'opérateur de Fukushima a commencé à injecter du béton pour colmater la fissure. Mais loin d'être sous contrôle, la pollution de l'environnement semble s'étendre inéluctablement. Sur le site, les barres de combustible sont toujours en surchauffe et une radiation 4 000 fois supérieure à la limite légale a été détectée au large de la centrale.

UNE VISITE TRÈS TARDIVE

Hier, le Premier ministre japonais, Naoto Kan, a visité pour la première fois le nord-est du Japon dévasté par le séisme et le tsunami, avant de se rendre près de la centrale accidentée de Fukushima. À Rikuzentakata, où près de 10 % des quelque 24 500 habitants sont morts ou portés disparus, M. Kan a rencontré des pompiers volontaires et des sinistrés qu'il a promis d'aider jusqu'au bout. Il s'est également rendu sur un vaste complexe footballistique, situé à une vingtaine de kilomètres de la centrale de Fukushima Daiichi, où il a rencontré des employés de Tepco, des pompiers et des soldats qui luttent pour refroidir quatre des six réacteurs et empêcher une catastrophe nucléaire. Un volontarisme affiché qui n'a pas empêché le chef du gouvernement d'être récemment la cible de violentes critiques sur sa gestion de la crise nucléaire et d'être attaqué sur son manque de transparence. Trois semaines après le séisme et le tsunami qui ont fait plus de 27 000 morts et disparus, les difficultés qui se suivent à la centrale de Fukushima ne permettent pas vraiment d'entrevoir une issue au désastre. Dans ce contexte, la population japonaise ne fêtera pas cette année la floraison des cerisiers, coutume vieille de plusieurs siècles. La retenue est sur toutes les lèvres, le Japon pleure ses morts et craint l'avenir.

Tokyo, la mégapole qui vit dans l'angoisse

Située à 250 km au sud de la centrale nucléaire de Fukushima en perdition, Tokyo, la mégalopole aux 35 millions d'habitants, vit dans l'angoisse des retombées radioactives. Certes, les Français établis au Japon - qui se sont confiés ces dernières semaines à La Dépêche et dont les témoignages sont à lire dans notre dossier spécial Japon sur ladepeche.fr - nous ont tous dit que, dès après le séisme, les Tokyoïtes, avec un exemplaire sang-froid, ont continué à vivre, en respectant scrupuleusement les consignes de confinement délivrées ponctuellement par le gouvernement. « Les Tokyoïtes sont très loin du sensationnalisme à l'occidentale. Ils font confiance à leurs personnes compétentes pour traiter le problème ; il y a beaucoup de sérénité », expliquait le Toulousain Éric Delattre. Mais les mensonges répétés de Tepco, la société propriétaire de la centrale de Fukushima, quant aux niveaux réels de radioactivité, ont jeté le trouble parmi une population plus inquiète que ce qu'elle veut laisser paraître. « Ils ont la peur au ventre, mais ne peuvent la montrer, car ce n'est pas un comportement social acceptable », nous expliquait Romuald Pfister, un Français alors de passage au Japon au moment du drame. Une peur qui s'est sans aucun doute accélérée lorsque des consignes de non-consommation d'eau du robinet pour les bébés ont été prises pendant quelques heures, en raison d'un taux d'iode radioactif deux fois supérieur à la limite légale. Une peur qui s'est encore renforcée lorsque, fin mars, un niveau anormalement élevé de radioactivité a été détecté pour la première fois dans des légumes provenant de Tokyo. Du césium radioactif, à un niveau excédant la limite légale, avait, en effet, été découvert dans un légume à feuilles vertes, le komatsuna, cultivé dans un centre de recherche d'Edogawa, à la périphérie de Tokyo… Pour l'heure, la majorité des Tokyoïtes vit normalement mais tous ont à l'esprit la crainte de fuites radioactives, notamment dans la mer, et surtout d'un nouveau séisme…

Air

Les rejets atmosphériques font le tour de la terre

Les rejets aériens font le tour de la Terre et la CRIIRAD a détecté au-dessus de la France des particules d'iode et de césium émises par la centrale de Fukushima Daiishi. Celles-ci ne comportent aucun risque sanitaire, pour le moment. Mais selon l'évolution de la situation au Japon, avec de nouvelles émissions beaucoup plus importantes, on peut tout à fait imaginer une zone de contamination qui s'étende « vers l'océan pacifique, touche la Polynésie et jusqu'à la côte ouest des États-Unis », explique en substance Roland Desbordes, président de la CRIIRAD. Lequel rappelle également qu'aujourd'hui encore, en 2011, l'abattage des moutons n'est toujours pas libre en Écosse, que 20 % des sangliers de Bavière dépassent toujours les normes admissibles et que les Rennes de Laponie, aussi, présentent encore les séquelles des émissions de Tchernobyl. Ces normes avaient été décidées à titre provisoire, en situation d'urgence. On est 25 ans après…

Le chiffre : 200

milliards d'euros > De pertes. C'est la somme que le séisme et le tsunami du 11 mars dernier pourraient coûter à l'économie nippone, sans compter l'impact sur l'activité des entreprises, selon les estimations récentes du gouvernement japonais.

irradiée pour des centaines d'années

Comme à Tchernobyl, ce n'est pas en dizaines mais en centaines d'années qu'il faudra évaluer la contamination de la terre, des végétaux et des aliments. Autour de Fukushima Daiishi, on relève déjà une contamination en Iode 131 et en Césium 137 et des traces de plutonium, élément le plus radio-toxique, ont été relevées sur le sol de la centrale. Les produits radioactifs retombent en effet progressivement au sol (du fait de la gravitation, des pluies et de la neige) et s'accumulent sur les surfaces. Les dernières mesures publiées par la CRIIRAD indiquent ainsi que « les débits de dose sont multipliés par 10 à bien plus de 100 km de la centrale nucléaire, par 100 à quelque 60 ou 70 km de distance et quand l'on considère un périmètre d'une cinquantaine de kilomètres certaines valeurs dépassent de 1 000 fois le niveau normal ». Or « il s'agit là de zones où les populations n'ont été ni évacuées, ni confinées » note également l'organisation.

L'expert

Un potentiel pire que Tchernobyl

Quelle menace représente aujourd'hui Fukushima Daiichi ?
La menace est très grave car elle est plus importante que Tchernobyl en potentiel et avec ces cinq réacteurs touchés, nous sommes confrontés à un processus dont personne ne peut dire aujourd'hui comment il se finira. Pour l'heure, il y a déjà eu des rejets importants puisque certains scientifiques estiment que Fukushima Daiichi a déjà rejeté au moins 10 % de ce que Tchernobyl avait émis. La « chance » du Japon, c'est que ces rejets sont pour l'essentiel partis vers l'océan, sinon, le Japon serait déjà rayé de la carte.
Face à une telle catastrophe, les mesures prises vis-à-vis des populations sont-elles suffisantes ?
Les mesures sont clairement insuffisantes. Si les Américains ont évacué leurs ressortissants à 80 km de la centrale, c'est qu'ils ont une raison. Les Japonais, eux, ont choisi de ne pas évacuer au-delà de 20 kilomètres. Des millions de personnes sont donc à la merci de la radioactivité et d'autant plus que le Japon ne contrôle plus rien, il ne fait que constater des événements sur lesquels il n'a plus aucune maîtrise et plus le temps passe, moins il maîtrise.
Fukushima Daiichi sonne-t-il la fin de l'énergie nucléaire ?
Il est encore trop tôt pour le dire mais lorsque tout cela sera fini, il faudra tout mettre sur la table. Certains pays comme l'Allemagne ou la Suisse ont déjà tiré la leçon en décrétant un moratoire. Il est intéressant de noter, aussi, que les États-Unis ont arrêté de construire des centrales nucléaires dès 1979. Aujourd'hui, du côté des pays émergents, où le nucléaire était en expansion, ce sont l'Inde et la Chine qui se posent des questions. La France, elle, reste droite dans ses bottes et ne veut pas de référendum. Ce n'est pas correct. Mais au-delà, il est indispensable d'évoluer désormais vers une gestion planétaire du nucléaire. Est-ce que cette industrie complexe et fragile peut cohabiter avec les risques naturels et le terrorisme ? C'est d'abord cette question que les citoyens devront trancher et non pas des décideurs anonymes.

Nouveau sarcophage à Tchernobyl

Alors que le monde a les yeux rivés sur la centrale de Fukushima, Tchernobyl continue de souffrir, 25 ans après l'explosion de son réacteur. Au printemps 1986, au péril de leur vie, quelque 200 000 liquidateurs - dont 25 000 seraient morts aujourd'hui - ont déposé un sarcophage géant sur le réacteur endommagé afin de stopper les importantes fuites radioactives. Aujourd'hui, ce sarcophage présente des fissures et de faibles rejets radioactifs ont été constatés aux alentours. Tchernobyl a donc plus que jamais besoin du nouveau sarcophage prévu depuis 2007. Celui-ci sera construit par le consortium français Novarka (composé de Bouygues Travaux Publics et de Vinci Construction Grands Projets), qui avait remporté l'appel d'offre il y a quatre ans. Problème, l'enceinte géante - une arche de 108 mètres de hauteur, pesant 20 000 tonnes - est en mal de financements : les autorités ukrainiennes viennent d'annoncer qu'il leur manque 600 millions d'euros pour financer les travaux d'un montant total de 1,54 milliard d'euros (dont 990 M€pour le sarcophage)… La crise au Japon va peut-être faire accélérer les choses. En tout cas, la date de la fin du chantier, commencé en août dernier, a été repoussée de 2012 à 2015.



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