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dimanche 10 avril 2011

Fumel. On embauche à l'usine

GIANPIERO COLLA, PDG B4 TRADING UK




José Gonzalez (à gauche), secrétaire du comité d'entreprise. Depuis deux ans sur la brèche « pour les copains »./Photo S.B.
José Gonzalez (à gauche), secrétaire du comité d'entreprise. Depuis deux ans sur la brèche « pour les copains »./Photo S.B.
Le 9 avril 2009, nouvel épisode de l'histoire chaotique de l'usine de Fumel, avec l'énième rachat, par un groupe italien cette fois. Deux ans après, où en est l'usine, ses salariés, quelles sont les perspectives à moyen terme ?
Ne l'appelez plus Fumel D ou Sadefa. Elle s'appelle Métaltemple Aquitaine, MTA pour les intimes. Le bateau ivre des dernières années s'est amarré sur les berges du Lot, le navire ne prend plus l'eau, il renforce même son équipage, 41 personnes au total en CDI et en CDD, 7 postes validés en comité d'entreprise la semaine passée.
MTA embauche pour répondre entre autres à un carnet de commandes qui s'est à la fois noirci et diversifié : Iveco, Scania, Fiat, Fairbanks Morse, Caterpillar… 85 % de l'activité part à l'export. Le géant américain s'est engagé sur un doublement de ses commandes de chemises dites « marine ». À raison, l'acier est considéré comme un « marché spot », éphémère, en tout cas pas régulier. Là aussi, une surprise a marqué les derniers mois.
La ligne de flottaison du bateau est visible au-dessus de l'eau. Le chiffre d'affaires est en vert, contraste avec le rouge des dix dernières années. 15 millions d'€ en 2010, 20.5 à la fin de l'an dernier, 24.6 fin 2 011 en prévisionnel. Un « business plan » projette l'activité de l'usine à 30 millions d'€ en 2 014. L'usine - c'est ainsi qu'on l'appelle à Fumel, - dégage un bénéfice à six chiffres, 700 000 € pour les vingt mois d'exercice jusqu'en décembre dernier. Sans aller jusqu'à crier victoire car échaudés par les douches glaciales, les représentants du personnel veulent croire dans une météo calme.
L'actionnaire veut investir 450 000 € dans les prochains mois sur une ligne de production. B4 Trading UK prévoit même d'injecteur deux millions d'€ dans le remplacement d'une pièce maîtresse de l'usinage. S'il ne fixe pas de date au calendrier, l'intention est là. Ce n'est pas qu'un souhait. Le jour et la nuit avec une gestion poliment qualifiée d'étrange des actionnaires ukrainiens, qui succédaient aux salariés eux-mêmes, repreneurs de l'activité en 2003.
Redorer le lustre d'antan est une chimère. En axant sa stratégie sur deux des trois activités - la fonderie à plat a été abandonnée en 2009 - la direction de l'entreprise est passée entre les gouttes de l'orage planétaire qui condamnait ou presque l'industrie touchant de près ou de loin le secteur automobile et la métallurgie. « On reste fragile », glisse un salarié à la sortie de l'usine, un vendredi midi.
« C'est la première fois depuis longtemps que l'usine dispose d'un véritable chef d'entreprise », lâche Jean-Louis Costes, le maire et président de la communauté de communes. « Il a mis en place une opération visant à redresser la barre, et à ce jour il s'en sort plutôt bien ». Congratulations légitimes ou pas pour Colla, qui gère désormais en direct les intérêts. Pour rester dans le domaine maritime, l'usine ancrée au bord du Lot aurait donc trouvé un capitaine de bord.

Interview

«la gestion, et la chance...»

Deux ans après votre arrivée au sein de l'usine, quel est votre regard sur l'activité industrielle ?
« Tout va mieux, en tout cas c'est moins difficile qu'avant. En témoignent les chiffres d'affaires prévisionnels et le réalisé : on attendait 15.5 millions d'€ en 2010, on atteint 20.5 millions d'€. Pour 2011, on attendait 22.5, à ce jour on est à 24 millions d'€.»
Comment expliquez-vous cette réussite ?
« Je crois qu'il fallait un manager, qui soit à l'usine. C'est une question de gestion avant tout, mais aussi de chance. Il en faut vous savez… Personnellement, j'y croyais. Les salariés de l'usine sont attachés à leur boulot. Ils savent qu'ils ont un savoir-faire. »
Chiffres d'affaires en hausse, bénéfices : vous entendez mener des investissements, ce qui ne s'est pas vu depuis longtemps avenue de l'Usine...
«On veut moderniser l'outil de production, tout d'abord avec 450 000 € d'investissements sur une ligne de production, mais on veut également investir deux millions dans un carrousel qui doit nous permettre de développer des marchés, et gagner en productivité. Je ne sais pas vous dire quand nous mènerons ce projet en particulier, mais l'intention est là. »
Malgré tout, Metaltemple Aquitaine reste fragile…
« Oui, fragile, mais beaucoup moins qu'avant. Nous avons de nouveaux clients, nous avons de nouveaux développements à venir. Vous savez, toutes les usines restent fragiles. Cette histoire, c'est avant tout le boulot d'une équipe. On n'a pas fait de miracle. »
Vous réaffirmez en revanche ne pas être favorable à la réouverture de la BMD ?
« Oui. En l'état actuel, il n'y a pas de marché. Notre ligne de conduite était de diversifier l'activité, c'est la politique globale du groupe. Ce développement doit déboucher sur un contrat important » (Gianpiero Colla ne veut pas en dire plus, N.D.L.R.).Photo J.-M.M

portrait

« Plus facile de se laisser mourir que de vivre… »

Un jour chez le préfet, le lendemain en tête de cortège avenue de l'Usine à Fumel, le jour suivant au téléphone avec la direction du travail pour le traitement d'un chômage partiel inévitable : lourdes les années 2009 et 2010 pour les épaules pourtant larges de José Gonzalez, le secrétaire du comité d'entreprise de Metaltemple Aquitaine.
Deux ans après, le cégétiste jette un coup d'œil derrière lui, tout en regardant devant. Exercice de contorsion qui lui fait dire qu'il ne regrette rien. « Il est plus facile de se laisser mourir que de vivre ». Ce n'est pas que la formule fleurie d'un poète de la métallurgie. Avec d'autres syndicalistes, Gonzalez a défendu bec et ongles la signature du protocole de sortie de crise puis son application au fil des mois. Basé sur la convention de reclassement personnalisé (CRP), cet engagement portant sur l'accompagnement des salariés licenciés était prévu sur deux ans, d'avril 2009 à avril 2011. « Aujourd'hui, on a les assurances des services de l'État qu'il sera appliqué jusqu'au bout, non sans difficulté… », rappelle-t-il.
Ce volet social concerne les adhérents à la CRP, qui touchent entre autres 80 % du salaire pendant la période. De l'oxygène pur permettant de faire passer l'amertume de la vague de licenciements. « Ce volet de sécurisation des revenus est acté
[…] Pendant deux ans, on s'est beaucoup occupé des copains licenciés». « Le protocole avait pour but de garder les gens sur place, et parfois de les former ». Pour lui, ce qui a été signé au printemps 2009 a été le bon choix. L'avenir à moyen terme n'est pas encore écrit, dit-il aussi. « Si la direction fait ce qu'il faut, on peut parler d'avenir pour les enfants d'ici ». La mort dans l'âme, Gonzalez a regardé la fonderie à plat, leur BMD, être « mise sous cocon », fermée. « Rien ne nous montre que cette activité a perdu du fric », lâche-t-il face aux élus, au patron qui disent non, catégoriques ou pas. Il est entré en contact avec le syndicat patronal des fondeurs. « La réouverture pourrait générer une trentaine d'emplois ». L'emploi encore, et la formation pour pallier les départs du plan amiante et les embauches.

Cahuzac suggère d'aider par le levier fiscal

Prudent, Jérôme Cahuzac l'est par nature, et le reste pour l'avenir de Metaltemple Aquitaine. « On ne peut que constater que ça va mieux. Le chiffre d'affaires en augmentation permet la création d'emplois et des investissements. C'est l'une des preuves attestant qu'il existe des solutions, à condition de ne pas poursuivre la chimère des activités fondées sur les services à la personne. Le succès de Fumel D doit être pris comme tel, et comme d'autres entreprises, cela reste fragile
[…] Les élus ont fait ce qu'ils avaient à faire, c'est vrai pour la communauté de communes, c'est vrai pour la région en matière de formations ». Le député de la circonscription jette aussi un regard sur le bassin du Fumélois-Lémance. « C'est une évidence, il est enclavé, et les mesures de désenclavement de la vallée de la Lémance passent par un débouché par Cahors. Cela suppose de convaincre le département voisin du Lot et cela démontre la nécessite de répartir les fonds publics entre les territoires. Il suffit de voir la différence entre la Bretagne et le Nord-Est de l'Aquitaine pour le voir ». Comment aider à la création d'entreprises dans un bassin en rouge sur les listes de Pôle Emploi ? « C'est une tarte à la crème que d'affirmer que cela passe par les TPE (les très petites entreprises, N.D.L.R.). Le système social et fiscal français prôné par le gouvernement actuel favorise les grandes entreprises ». Jérôme Cahuzac plaide pour que les bénéfices réinvestis dans l'entreprise - c'est le cas pour Metaltemple Aquitaine - « soient salués par une diminution de l'imposition de ces entreprises via la contribution économique territoriale (CET) », l'ancienne taxe professionnelle. « Il faut saluer les efforts d'investissements par ces leviers ».

Fumélois - Lémance

Emploi : un chômage trop loin devant

Il y a les mots, et les chiffres. Selon la Maison de l'emploi, qui fournit un tableau de bord régulier de l'état du marché de l'emploi dans l'arrondissement de Villeneuve, le Fumélois-Lémance affiche un taux de chômage très supérieur à celui de Lot-et-Garonne.
Fin septembre 2010, 1 179 demandeurs d'emploi étaient comptabilisés en Fumélois-Lémance. 16.8 % de plus qu'à la rentrée 2009. Taux de chômage de l'arrondissement, 11.4 % (9.9 % en Lot-et-Garonne). Les plans sociaux sont passés par là, qu'il s'agisse de Fumel D ou des deux séismes sociaux enregistrés à quelques kilomètres, aux Parquets Marty à Cuzorn. Dans le même temps, les cellules de reclassement s'essoufflent. Pour l'usine de Fumel, 10 % des salariés licenciés auraient retrouvé un emploi, stable ou pas.
Président de la CC Fumélois-Lémance, maire de Fumel, Jean-Louis Costes n'ignore en rien ces chiffres élevés. « Ce qui reste paradoxal, estime l'élu, est que les entreprises manquent réellement de gens formés. C'est une inadéquation totale car, on le constate régulièrement, ceux et celles qui souhaitent se positionner trouvent un emploi, dans le secteur de la santé par exemple. »
Jean-Louis Costes estime « qu'il ne faut pas baisser les bras. Il nous revient de voir l'économie autrement. Les Fumélois sont les premiers à se plaindre de leur territoire mais il est à même d'attirer des gens ».
Et de citer Mycosphère, un laboratoire de recherches en pharmacie : « Ils cherchaient à s'installer dans la région. Certes, c'est trois salariés, mais l'exemple vaut pour l'attractivité du territoire, la qualité de vie et l'immobilier, plus bas ».
L'élu veut faire jouer des leviers, le tourisme, un label d'art et d'histoire pour sa ville. Et dévoile aussi qu'un anonyme cadre de grands groupes français s'est mis à disposition de la collectivité pour l'aider dans sa quête du maintien et du développement de l'économie. Cela passe aussi par l'attention qui doit être portée aux zones d'activités, une demi-douzaine existantes ou à créer.

repères

Le chiffre : 238

effectifs > recrutements. De 208 à la reprise, les effectifs de l'usine Métaltemple Aquitaine vont passer à 238. 41 embauches depuis le rachat par les Italiens. Ils étaient 356 avant le plan social d' avril 2009.
« L'histoire dira s'il faut avoir une autre approche de la gestion de cette entreprise. Si la direction fait ce qu'il faut, on peut parler d'avenir pour les enfants. ».
José Gonzalez, secrétaire CGT du comité d'entreprise.
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en ville

Retour au calme ?

« Vous faîtes un sujet sur l'usine ? Deux ans déjà que les Italiens sont là ? C'est déjà une bonne nouvelle ! » Un vieux Fumélois qui n'en a jamais franchi les grilles s'étonnait jeudi du silence social qui peut désormais régner à Metaltemple Aquitaine.
C'est un signe : depuis deux ans, à l'exception de débrayages lors des manifestations contre la réforme des retraites, ce bastion syndical tenu par la CGT aujourd'hui est calme. En tout cas plus calme. « J'y vois plusieurs raisons », dit un retraité de l'usine. « Cela veut sans doute dire qu'enfin cette boîte est gérée. Il était temps. J'ai le sentiment aussi que tout le monde à l'usine est d'accord pour tirer dans le même sens. En 2008, je la voyais mal l'histoire, avec l'affaire Burthey, ces Italiens que personne ne connaissait, ce Danois (le 3e repreneur était Néerlandais, N.D.L.R.) qui faisait peur à tout le monde avec ses intentions ».
En ville, le sentiment est mi-figue, mi-raisin. Beaucoup notent le calme retrouvé d'une entreprise où le personnel semble apaisé. « J'en croise quelques-uns, souvent les mêmes », explique une commerçante. « Pour rire, je leur demandais la date de la prochaine grève. Je ne les questionne plus. Et ils me disent que l'usine reste fragile mais qu'ils ont le sentiment que les choses avancent ».
D'autres n'ont pas le même avis. Une Fuméloise qui elle aussi préfère garder l'anonymat car elle connaît encore du monde à l'usine, se rappelle des plans sociaux, des 150 licenciements du printemps 2009, de la BMD qui reste fermée, de la cellule qui bégaie son reclassement des licenciés, « dans un bassin d'emploi sinistré
[…] Depuis vingt ans, il a fallu que les problèmes se posent pour qu'on essaie de les résoudre, ensuite. La question se pose de l'avenir industriel du Fumélois, du Villeneuvois aussi. Tout va mieux à l'usine ? Regardez du côté de Cuzorn. Fumel D sourit aujourd'hui, Marty n'est pas loin des larmes. Je note que le Fumélois souffre encore et encore ». Ainsi va la vie sur les berges du Lot, à Fumel et dans la vallée de la Lémance. Élus compris, personne ne songe à regarder le baromètre pour voir le temps de demain. Le pas est prudent, trente ans de mauvaises, de très mauvaises surprises sont passées par là. Colla, le patron, prend des précautions verbales. « Tout va mieux », tout ne va pas au mieux mais le ciel est un peu plus bleu au-dessus de l'usine, juste au-dessus des bâtiments. L'histoire de l'usine bégaie depuis dix ans, mais le bégaiement se soigne



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