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mardi 19 juillet 2011

Cris et chuchotements : au lit, les décibels sont-ils culturels ?

C'est une sorte d'utopie sexuelle qu'on aime bien avoir. Se dire que, partout dans le monde, nous faisons tous l'amour de la même manière, avec les mêmes positions, les mêmes cris et les mêmes gémissements. Parce que c'est de l'amour et que l'amour, c'est universel. Il y a quelques semaines, une personne dont on ne dévoilera pas l'identité m'a pourtant fait vaciller dans cette vision que j'avais du monde. Ma source (familiale, je le reconnais) d'origine sénégalaise, me faisait remarquer :
« Tu sais au Sénégal, on se moque des toubabs [Blancs, ndlr] parce qu'ils crient et font du bruit au lit. »
Un vrai choc pour quiconque a grandi en France. Qui n'a jamais entendu ses voisins, ses parents ou des amis faire l'amour ? Tout le monde a sa petite anecdote sur la question : de l'Anglaise qu jouissait en hurlant « Wonderfuuul » à l'amie qui aura dû expliquer à son concierge, venu la sermonner, que « Non, elle n'était pas là cette nuit ». (Voir la vidéo d'un extrait du « Fabuleux Destin d'Amélie Poulain », de Jean-Pierre Jeunet, 2001)

« Au Sénégal, il faut être pudique, même au lit »

Mais au Sénégal, rien de tout cela donc. Et c'est loin d'être absurde. La majorité des Sénégalais vivent en famille, cousins, tantes et grands-parents sont tous réunis. Quand un couple a des enfants, qu'il y en ait deux ou quatre, la petite famille occupe une seule et même chambre. On ne peut donc s'empêcher de se demander comment les choses se passent.
Pour élucider ce mystère, Fatou – le prénom a été changé –, une amie sénégalaise, a accepté de m'expliquer :
« Au Sénégal, il y a ce que l'on appelle le “kersa”. C'est une exigence de pudeur. Il faut être pudique dans tous les domaines de la vie, même au lit. Quand tu es avec ton mari, il faut attendre que les enfants dorment profondément pour faire ce que tu as à faire et surtout il ne faut pas faire de bruit. »
Ce qui peut sembler exotique n'est jamais très loin de soi. Michel Bozon, sociologue spécialiste des questions de sexualité, rappelle qu'en Occident aussi le rapport sexuel ne s'est pas toujours déroulé dans les lieux complètement privés.
« Au Moyen-Age par exemple, les lits contenaient plus de deux personnes et les chambres, plusieurs lits. L'expression de la sexualité était alors nécessairement plus contenue et plus discrète et, en même temps, cela veut dire qu'à certaines époques, on pouvait plus facilement être témoin de l'activité sexuelle de ses parents par exemple. »

« Souvent, la seule position pratiquée, c'est le missionnaire »

Evidemment, pas question de généraliser non plus. Tous les Sénégalais ne sont pas muets au lit. Fatou dit d'elle-même qu'elle ne s'est pas imposée certaines contraintes du kersa parce qu'elle était « émancipée », mais elle raconte aussi qu'elle a couché avec des hommes qui refusaient de montrer leurs sexes et que cela existe même dans des couples mariés. Tant de pudeur implique un jeu de positions réduit :
« La position idéale, qui est souvent la seule pratiquée, c'est le missionnaire : la femme est dessous, l'homme au dessus. Il n'est pas question du tout de se mettre debout ou dans quelque autre position. »
Michel Bozon tient cependant à nuancer l'idée d'une « non universalité » des rapports sexuels.
« D'un pays et d'un continent à l'autre, il y a mille manières de se nourrir. En matière de sexualité, d'un contexte culturel à l'autre, la diversité est beaucoup moins grande car les pratiques physiques et les combinaisons ne sont pas infinies. »
Les différences de pratiques d'un pays ou d'un continent à l'autre viennent d'autres facteurs.
« Les significations des actes ne sont pas toujours les mêmes et les rapports entre les sexes n'autorisent pas les mêmes comportements et modes d'expression. »

A Hong-Kong : « Il faut être calme »

Sino-belge, Ming-Yao vit à Hong Kong. Sa petite amie est taïwanaise et il juge qu'en Asie aussi, hurler pendant l'amour serait très incongru.
« Les gens sont plus réservés, il faut être calme, on ne montre pas vraiment ce qu'on ressent. Il n y aura pas vraiment de cris au lit. Les filles sont très souvent plutôt passives. Le rapport n'est pas vraiment inscrit dans une interaction, et puis il y a peu de réactions donc tu ne sais pas vraiment si tout se passe bien ou pas. »
Pour autant le jeune homme explique qu'il faut bien distinguer l'Asie traditionnelle de l'Asie moderne.
« Ici à Hong-Kong, il y a des filles très dévergondées, bien plus qu'en Europe parfois. On les appelle les “party girls”. Elles peuvent être agressives et se jettent sur toi. Les gens les voient d'un très mauvais œil parce qu'elles sont considérées comme des filles faciles. »
Une représentation de la femme certes loin de l'idéal féminin asiatique que décrit Ming-Yao en ces termes : « mystérieuse et élégante ».

Dans le porno : « Les Françaises en font trop et ça s'entend »

On ne ferait donc pas du bruit de la même manière partout dans le monde. Cela se vérifie aussi dans les films X. Fred Coppula, réalisateur et acteur de porno, juge même que c'est une évidence.
« Les Américaines entrent à peine en scène qu'elles poussent des petits cris alors que personne ne les a encore touchées.
Les filles de l'Est ont presque toutes la même façon de jouir, avec la même intonation. On dirait que leurs orgasmes sont clonés !
Les Asiatiques couinent en ricanant a moitié.
Les Françaises en font trop et ça se voit. Euh, ça s'entend devrais-je dire ! »
Reste une question complexe : si le bruit au lit varie selon les cultures des pays, est-il pour autant naturel ? Si certains font l'amour en silence ou presque, ceux qui font du bruit ne simuleraient-ils donc pas tous un peu ?

Dans le « Kama-sutra » : « bruit du serpent » et « maman »

On pourra répondre à cette question en invoquant le « Kama-sutra ». Ecrit vers l'an 500, il consacre déjà l'un de ses chapitres aux « Caresses et gémissement spontanés » dans un paragraphe savoureux :
« A cause de la sensation qu'elle provoque, la caresse provoque un “sitkrita” ou grognement, et d'autres sons comme les cris d'extase : “hinkara” (son nasal), “stanita” (ronronnement), “koojita” (roucoulement), “rudita” ou “dutkrita” (gémissement), “sutkrita” (halètement) et “futkrita” (le bruit du serpent).
Elle provoque aussi des mots tels que “amba”, “maman” et “oh, mon dieu” et d'autres encore qui expriment le plaisir, la douleur ou l'admiration, auxquels peuvent s'ajouter des cris de tourterelles, coucous, pigeons, perroquets, abeilles et moineaux. »
C'est toute une ménagerie qui tient dans un lit.
Voilà sinon, c'est l'été, les vacances, le soleil (ou presque) alors nous avons envie de bourlinguer et d'entendre des récits de voyages croustillants.
► Riverains, quelles musiques avez-vous entendues des lits de ce monde ? 

Renée Greusard | Journaliste


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