Retrouvez-nous sur Google+ Facebook Twitter Linkedin My Space Netlog Friendfeed Flickr Foursquare Viadeo Skyrock Priceminister Sonico Auto-Entrepreneurs Battlefield Heroes hellocoton Vins du Sud-Ouest: Le Canal perd ses platanes
Bienvenue sur VINS du SUD-OUEST le site d'information du sud-ouest de la France

samedi 16 juillet 2011

Le Canal perd ses platanes


Le Platanor, un clone de platane résistant, pourrait être replanté sur le site emblématique du port de Trèbes./ Photo DDM, Jean-Luc Bibal
Le Platanor, un clone de platane résistant, pourrait être replanté sur le site emblématique du port de Trèbes./ Photo DDM, Jean-Luc Bibal
Le canal du Midi n'offre plus un paysage de carte postale. Les platanes qui bordent ce fil d'eau entre Toulouse et Sète sont malades et doivent être abattus. C'est un champignon, le chancre coloré, qui est à l'origine de cette hécatombe. La maladie est apparue en 2006 à Villedubert à quelques kilomètres en amont de Carcassonne.Le canal du Midi perd sa voûte ombragée. Victimes du chancre coloré, les platanes du canal sont condamnés à l'horizon 2030. Déjà, 2 000 arbres ont été abattus entre Sète et Toulouse.
« À l'échelle de 15 à 20 ans, les 42 000 platanes du canal du midi sont tous condamnés », affirme Jacques Noisette responsables du service à Voies navigables de France à Toulouse. Après une lente progression dans le sud-est, la maladie exportée des États-Unis via les caisses de munitions des GI's débarqués en 1944 en Provence avance inexorablement.
Quelque 2 000 arbres ont déjà été abattus et brûlés entre Sète et Toulouse, « et en 2010, 60 nouveaux foyers ont été découverts, soit autant qu'entre 2006 et 2009 », poursuit Jacques Noisette.
Pour l'instant, le chancre coloré n'a pas encore franchi les frontières de Midi-Pyrénées. Mais ce n'est plus qu'une question de mois : il campe aujourd'hui à Castelnaudary, où 30 arbres seront abattus à l'automne, et rien ni personne n'est en mesure de s'opposer à la propagation des spores mortels au fil des eaux du canal.
Face à l'avancée du fléau une étude conduite par VNF et financée par les régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées tente, depuis 2008, de définir les essences qu'il conviendrait de replanter pour que le canal puisse se libérer de l'épidémie tout en conservant son classement Unesco.
Plusieurs pistes sont évoquées, mais à terme la voûte de platanes qui relie Toulouse à Sète est irrémédiablement condamnée.
Mis au point par André Vigouroux, chercheur à l'Inra de Montpellier, le Platanor, un clone de platane résistant au chancre coloré pourrait être replanté sur les sites emblématiques tels que le port de Trèbes, Castenaudary et le seuil de Naurouze dans l'Aude ainsi qu'à Béziers, au Somail, à Agde et à Portiragne dans l'Hérault.
« Mais nous allons également essayer d'implanter des frênes notamment à Villedubert où la maladie est apparue en 2006 », précise-t-on au service de Voies navigables de France.

Le chiffre : 6 0000

platanes > sur les berges. 42 000 platanes sont plantés sur les berges du canal du Midi. Ce nombre est de 60 000 si on y ajoute les plantations du canal latéral.
« Nous allons essayer d'implanter des frênes à la place des platanes, notamment à Villedubert, où la maladie est apparue dès 2006 ». Jacques Noisette, responsable communication des Voies navigables de France Sud-Ouest

Le chancre coloré, champignon tenace

Transporté par les flots, le champignon serait arrivé en France avec le débarquement de 1944. Depuis, il a changé de mode de contamination et utilise les amarres des bateaux de plaisance. En s'accrochant aux racines et aux troncs des arbres, les cordages disséminent le champignon encore plus rapidement. Une fois dans le bois, le chancre coloré dessèche l'arbre en l'espace de quelques années. Dans les Bouches-du-Rhône, 30 000 platanes ont ainsi disparu ces 25 dernières années. Pour l'instant, aucun remède efficace n'a été trouvé.

"La priorité reste la sécurité"

Comment lutter contre la disparition des platanes ?
Philippe Guérin, président du Comité régional du tourisme Midi-Pyrénées. L'abattage est lié à des problèmes phytosanitaires. Les platanes sont très fragiles et nous avons affaire à un véritable fléau qui attaque l'arbre. Sur le plan esthétique, c'est dommage, mais nous devons en premier lieu gérer un problème de sécurité. L'abattage est nécessaire pour éviter qu'un arbre ne s'effondre sur un plaisancier ou un cyclotouriste, ce qui serait dramatique. Enfin, il faut aujourd'hui réfléchir à l'implantation d'autres arbres, d'un certain âge, qui pourront remplacer progressivement les platanes tout en limitant l'impact visuel.
Cette disparition est-elle préjudiciable pour le tourisme ?
Nous n'abattons pas les arbres de gaieté de cœur. Certes, il s'agit d'actions toujours fortes et traumatisantes auprès de la population, mais l'important est de bien expliquer et de faire de la pédagogie autour de ces opérations.
Privé de ses platanes, craignez-vous que le Canal du Midi perde son label au patrimoine mondial de l'Unesco, la prochaine inspection étant prévue en 2012 ?
Je ne pense pas. Si nous travaillons de façon collective et en bonne coordination avec l'ensemble des partenaires impliqués dans le Canal du Midi (ndr : les VNF, les collectivités locales, la Dreal, etc.), nous pouvons atténuer le risque de perdre ce label. Mais je le rappelle, la priorité, c'est bien l'entretien du canal, et nous devons le faire sans attendre.
Êtes-vous inquiet pour d'autres sites de Midi-Pyrénées ?
Le problème des platanes ne touche pas seulement le Canal du Midi. Il est national : toutes les routes, villes et villages de France, ainsi que les autres sites touristiques, sont menacés s à terme par une disparition des platanes par la maladie. À défaut de trouver un remède, il est urgent de réfléchir à d'autres options.
Recueilli par M. V.

A Trèbes, le paysage a changé

Sur les berges du port de Trèbes, près de Carcassonne dans l'Aude, les touristes prennent le soleil. Quelques plaisanciers amarrent leur bateau et découvrent le paysage. Ces nouveaux arrivants ne savent pas que quelque chose a changé : les platanes ont disparu.
Entre le port de plaisance et l'écluse, une dizaine d'arbres subsiste. Tous les autres ont été arrachés, victimes de l'épidémie de chancre coloré.
« Les touristes qui viennent pour la première fois ne remarquent rien. Mais ceux qui connaissent le coin, qui reviennent se balader par ici sont choqués. Le paysage n'est plus le même », explique Maud, employée à l'office du tourisme de Trèbes.
Des mottes de terre recouvrent l'ancien emplacement des arbres déracinés. Le canal a perdu sa tonnelle. À cause du manque d'ombre, les péniches délaissent les quais du port et vont s'installer un peu plus loin, là où il reste des feuillages.
Geoffrey travaille au « Cocagne », un petit bar au pied de la rive. Les promeneurs s'arrêtent toujours prendre un verre, profitent de l'ombrage de sa terrasse.
Quant au chiffre d'affaire, il faudra attendre la fin de la saison pour voir si la disparition des platanes a englouti les bénéfices. Mais Geoffrey admet que le lieu n'a plus le même charme : « Avant, les platanes faisaient une allée superbe. Les branches se rejoignaient au-dessus de l'eau, comme une tonnelle. Ces arbres sont indispensables pour le canal, et pas seulement pour l'esthétique. Ils sont indispensables au soutien des berges ».
Pour profiter à nouveau du paysage, il faudra être patient. Des replantations sont prévues dès la fin de l'année. Cette fois plusieurs espèces seront utilisées. Un choix judicieux selon Jean-Louis. Entre deux parties de pétanque, ce natif de Trèbes reconnaît que « c'était une erreur de ne planter que des platanes. À l'avenir, avec la diversification de la végétation, on sera gagnant ». L'homme ne manque pas de philosophie : « Pour nous, attendre 25 ans pour revoir nos arbres, c'est un peu long. Mais à l'échelle de la nature ce n'est rien ! ». Jean Louis et ses copains boulistes attendent que la nature fasse son travail. À l'abri sous les arbres du terrain de boules, ils profitent de la nouvelle vue.
Sous les parasols, les vacanciers finissent leur verre. L'horizon est dégagé. D'un côté, les vignes et les collines de l'Aude. De l'autre, les maisons et la route. À défaut du bruit du vent dans les feuilles, on entend le ronronnement des pots d'échappement.
Sur la rive, d'autres silhouettes en métal veillent sur le canal. Ce sont les lampadaires. Moins romantiques que les platanes.
Marie-Charlotte Duluc

Un appel aux mécènes pour replanter des arbres

> Trouver 200 millions. Rénover les berges du Canal du Midi et remplacer les platanes le long des voies va coûter beaucoup d'argent. L'opération a été estimée à près de 200 millions d'euros par la Région Languedoc Roussillon (incluant l'achat des arbres, leur plantation et leur entretien). C'est sur ce volume financier que travaillent désormais les autorités en charge de la valorisation du site.
> Un comité de pilotage dédié. Regroupés au sein du Comité de pilotage de la charte du Canal des deux mers, qui a été installé en janvier, tous doivent se réunir de nouveau le 28 juillet prochain. Les régions Midi-Pyrénées et Languedoc Roussillon, les Voies Navigables de France, la Dreal et la Préfecture de région espèrent ainsi y attirer de nouveaux acteurs, comme les conseils généraux.
> Une vaste campagne de communication. Une mobilisation nécessaire pour trouver les fonds. Mais l'appel aux subsides publics ne sera sans doute pas suffisant. D'où la préparation d'une grande campagne de communication. Objectif : faire appel au mécénat privé afin d'équilibrer ce budget hors norme. En début d'année, deux agences toulousaines, Parmenion et Soleiado, ont été mandatées par VNF Sud-Ouest pour l'élaboration de cette campagne.
> Prendre exemple sur Versailles. L'appel aux mécènes privés a déjà été réalisé avec succès par le Château de Versailles. Celui-ci propose toujours de participer à de nombreuses opérations de financement. La plus proche du projet Canal du Midi est sans conteste celle du parc de l'Étoile Royale, où les donateurs peuvent adopter un arbre pour un montant de 1 000 euros.

BERNARD DAVODEAU



...

Haut