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mercredi 14 septembre 2011

La région a perdu 10 000 paysans en 10 ans

Agriculture
En dix ans, l'agriculture régionale a perdu 10 000 emplois dans les structures les plus petites et les plus fragiles. / Photo DDM
En dix ans, l'agriculture régionale a perdu 10 000 emplois dans les structures les plus petites et les plus fragiles. / Photo DDM
Désormais, la France compte moins d'un million d'agriculteurs. Le quart des exploitations a disparu en dix ans. Une érosion à laquelle n'échappe pas le Grand Sud et ses plus petites structures agricoles.
Le chiffre est symbolique et donne la pleine mesure de la lente érosion de l'agriculture dans notre pays. Selon le recensement 2010 qui vient d'être publié, le nombre d'agriculteurs se situe désormais sous la barre du million de personnes travaillant au sein de 500 000 exploitations. Un phénomène auquel n'échappe pas Midi-Pyrénées, même si on ignore les déclinaisons départementales apportées à ces statistiques qui ne seront divulguées dans le détail que le 28 septembre par le ministère de l'Agriculture. Mais on sait qu'en dix ans, l'agriculture régionale a perdu environ 10 000 emplois, soit 20 % de ses effectifs, contre 26 % pour l'ensemble de l'Hexagone.
À défaut de chiffres régionaux de l'Insee, il faut prendre en compte les données de la Mutualité sociale agricole qui gère l'ensemble de la protection sociale des agriculteurs : les salariés et les non-salariés.

A LA PREMIÈRE PLACE

Une exploitation sur dix se trouve en Midi-Pyrénées qui reste à la première place des régions françaises pour le nombre d'exploitations agricoles. On en compte 50 000 , dans lesquelles travaillent 91 000 personnes. Sans surprise, les plus gros contingents agricoles se retrouvent dans l'Aveyron (près de 19 000 actifs), mais aussi dans le Gers (14 000) et dans le Tarn (13 500). Le Grand Sud connaît une perte de ses effectifs de l'ordre de 2,5 % par an. « Cette érosion constatée depuis des décennies concerne surtout les chefs d'exploitation. La chute a été progressive, sauf en Haute-Garonne du fait du poids de la métropole toulousaine », explique J.-C. Canonge, de la MSA Midi-Pyrénées. Entre 2005 et 2010, dans les seuls départements de l'Ariège, de la Haute-Garonne, du Gers et des Hautes-Pyrénées, 2 400 emplois ont disparu. La crise du lait est passée par là, notamment dans l'Aveyron. Les petites structures, celles de moins de dix hectares, sont les plus concernées par ce recul, surtout dans le Lot, les Hautes-Pyrénées et le Tarn-et-Garonne. Seules s'en sortent, sans surprise, les grandes exploitations qui sont aussi les plus productives. Comme dans le Lauragais par exemple.

Le chiffre : 91 000

Actifs agricoles> En Midi-Pyrénées. Dont 53 000 chefs d'exploitations. Un chiffre tiré des statistiques de la Mutualité sociale agricole au 1er janvier 2009. L'Aveyron réunit à elle seule 19 600 agriculteurs.

Un effacement inexorable

Ce recensement témoigne d'une réalité sociale implacable loin d'être nouvelle. La population agricole est définitivement entrée en minorité et sa trajectoire démographique est claire. 4,5 millions d'actifs auront disparu durant le XXe siècle et le nombre d'exploitations agricoles aurait diminué de 26 % en dix ans.
Au-delà des effets d'annonce que disent ces chiffres ? Ils sont la confirmation d'une lame de fond qui traverse la société française : l'inexorable effacement démographique d'une minorité parmi d'autres. Même si notre région est caractérisée par un fort dynamisme agricole, cette réalité démographique est aussi locale. Les mondes agricoles ne sont plus majoritaires au sein des campagnes. En France comme en Midi-Pyrénées, la part des ménages agricoles dans les espaces ruraux ne cesse de diminuer.

PAS DE CRISE DE VOCATION

Deuxième enseignement, la population agricole, moins nombreuse dans ses composantes familiales, est aussi vieillissante. Le nombre d'agriculteurs de moins de 30 ans a été divisé par deux en 12 ans. Il n'y a jamais eu aussi peu d'agriculteurs et aussi peu d'enfants d'agriculteurs pour reprendre l' exploitation. Même dans nos départements les plus dynamiques en matière d'installation, les questions de transmission et de création d'entreprise restent cruciales. Mais on ne peut parler de crise des vocations. Le métier reste désiré. Et si, pour les experts, le nombre d'agriculteurs continuera de diminuer, c'est pour d'autres raisons.
Corollaire de ce contexte démographique, la situation d'isolement et de solitude vécue par des agriculteurs de plus en plus seuls dans l'exercice de leur profession. Le choix du métier reste personnel et ne suppose pas l'adhésion du conjoint, ni celui des parents. Mais il y a des tendances qui échappent à la statistique. Si l'environnement local des agriculteurs rassemble de plus en plus une majorité d'acteurs non agricoles, il s'apparente aussi à un espace avec des réalités différentes. En effet, lorsque les agriculteurs ont encore un voisin agriculteur, ce dernier ne développe pas forcément des activités fondées sur les mêmes logiques. À côté de l'agriculture familiale traditionnelle, se développent des formes financiarisées et abstraites qui impliquent de repenser les contours des politiques agricoles et les dispositifs d'aide à l'installation. Comme nous l'avons écrit avec Bertrand Hervieu, la politique agricole tout comme nos territoires ne sont pas seulement confrontés à un changement d'échelle d'ordre quantitatif mais à un éclatement des modèles d'organisation de la production et donc du statut des producteurs eux-mêmes. En Midi-Pyrénées comme ailleurs, l'enjeu qui se pose aux mondes agricoles est tout à la fois celui du nombre et de leur coexistence.
François Purseigle est maître de conférence à l'ENSA-INP de Toulouse, il enseigne à Sciencs Po Paris, il est co-auteur des «Mondes agricoles en politique» aux Presses de Sciences po, 2010

"J'ai juste envie de vendre, payer mes dettes et arrêter"

Pendant 33 ans, Pierre, 56 ans, a cultivé sans sourciller ses vergers de prunier, dans le Villeneuvois (Lot-et-Garonne). Mais depuis 6 mois, il refuse de continuer à travailler pour des prunes. Après 33 ans d'exploitation Pierre a donc décidé de mettre la clé sous la porte : « J'ai mis en vente ma ferme, la maison qui est dessus, les 25 hectares de vergers, les 5 hectares de céréales, le matériel spécifique pour ramasser les prunes, les fours pour cuire les pruneaux. » Mise à prix 600 000€. « Je compte surtout sur un étranger, qui voudrait faire des chambres d'hôtes. Car mes collègues pruniculteurs, eux, sont tellement étranglés, que je n'ai aucun espoir de ce côté-là. »
Depuis une dizaine d'années déjà, Pierre sent le déclin de la pruniculture, « avec des prix qui baissent, des charges qui explosent » et le marché, en concurrence frontale avec le pruneau importé du Chili « à moindre coût ».
Il y a 6 mois, lorsque sa banque lui a bloqué son compte, Pierre s'est décidé à pousser la porte de la cellule Agridif, pour agriculteurs en difficulté, à la chambre d'agriculture d'Agen. « On a fait ce qu'on a pu avec le responsable de la cellule, mais c'était déjà trop tard… » Avec un encours de dette de 100 000 €, essentiellement dû aux traites du matériel dans lequel Pierre avait investi, avec une récolte 2011 catastrophique, et une récolte 2010 pas encore totalement payée, le pruniculteur se retrouve à genoux. « C'était l'exploitation de mon père, de mon grand-père. Depuis 1978, j'ai tout fait pour que mon fils reprenne. Tout pour lui. Il a vu comment ça fonctionne, il a été dégoûté, et a choisi d'être salarié. C'est terrible à dire, mais il a bien fait. Ma femme, elle, est en dépression, au lit à 18 heures, elle ne supporte pas l'idée qu'on ait pu se priver pendant toutes ces années pour être jeté à la rue. » D'ici quelques semaines, il faudrait attaquer la taille des pruniers, rentrer les produits phytosanitaires. « Mais pourquoi ? Je n'ai plus la gnaque. Aujourd'hui, j'ai simplement envie de vendre, payer mes dettes et arrêter… »
Jérôme Schrepf



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