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mardi 11 octobre 2011

Eolien : l'or du ciel


Eolien : l'or du ciel

enquête

Un lycée de la région propose déjà une formation pour la maintenance des aérogénérateurs/ Photo DDM, archives
Un lycée de la région propose déjà une formation pour la maintenance des aérogénérateurs/ Photo DDM, archives
Dans l'Aude, on n'a pas de pétrole mais on a du vent, beaucoup de vent. La bande littorale fait même partie des zones les plus ventées d'Europe. Un gisement éolien exploité maintenant depuis vingt ans et qui possède une gros potentiel de développement .
L'histoire se répéterait-elle ? Au tout début du XXe siècle, quelques pionniers ouvrirent en Haute vallée de l'Aude un chantier unique en France et peut-être au monde. Il s'agissait de maîtriser le cours capricieux du fleuve pour organiser la distribution d'électricité à large échelle. 100 communes dans un rayon de 100 km, grâce aux premières grandes lignes électriques. Cette entreprise audacieuse donnera une telle avance à la Haute vallée de l'Aude qu'elle restera jusque dans les années 1970, le poumon industriel du Languedoc Roussillon. 100 ans plus tard, les choses ont bien évidemment beaucoup changé. La donne énergétique a subi plusieurs révolutions et les réserves fossiles sont en voie d'épuisement. Pourtant, c'est toujours dans l'Aude qu'a soufflé une nouvelle fois le vent du progrès à l'aube du XXIe siècle. A Port-la-Nouvelle précisément ou fut mise en service, en octobre 1991, la première grande éolienne de France, qui sera suivie, dans l'Aude comme dans d'autres régions de l'hexagone de beaucoup d'autres. Certes, ce premier aérogénérateur fait aujourd'hui figure d'ancêtre avec sa carcasse en treillis métallique et ses « malheureux » 200 kW de capacité de production. Aujourd'hui des mats tubulaires se dresse à 60 mètres du sol et fournissent 3 000 kW. Mais surtout, l'Aude est en train de prendre sa place sur la carte des vents. Une place très privilégiée puisque la plus grande partie du département bénéficie des vents les plus constants et les plus forts d'Europe. Un gisement éolien exceptionnel. Et cette ressource-là n'est pas près de s'épuiser. D'autant que l'éolien est, à ce jour, la source d'énergie propre la moins chère, 1 300 euros le kilowatt, tout compris pour les aérogénérateurs actuels et la seule à être recyclable à 100 %.
Le pétrole de l'Aude vient donc du ciel et il est inépuisable. Mais si certaines communes ou collectivités l'ont bien compris, le poids des lobbies, les craintes compréhensibles d'envahissement du paysage font que ce phénoménal potentiel est encore loin d'offrir toute sa puissance.
À l'heure où la première éolienne de La Nouvelle souffle sa 20e bougie, à moins que le Cers ou le Marin ne s'en occupent, nous avons tout voulu savoir sur le patrimoine existant et les possibilités de développement et comprendre pourquoi certains fêtent les éoliennes tandis que d'autres s'y opposent. Une grande enquête.

Comment ça marche ?

Les éoliennes sont des machines dont l'objectif est de transformer l'énergie du vent en énergie utilisable par l'homme : soit en énergie mécanique comme dans les moulins ou les éoliennes de pompage, soit en énergie électrique comme dans les éoliennes modernes. Ces dernières disposent aujourd'hui de systèmes complexes composés des éléments suivants : d'abord une assise de béton que l'on appelle «fondation», qui permet de fixer de façon rigide l'ensemble de la structure de l'éolienne ; ensuite un mât qui place l'hélice dans une zone de vent plus fort et régulier, et permet d'avoir une grande longueur de pale ; puis la nacelle dont les dimensions approchent celles d'un container, et qui contient toute la machinerie qui sert d'une part à transformer le mouvement des hélices en électricité et d'autre part à orienter au mieux l'éolienne ou à la mettre en position de repos ; également l'hélice, le plus souvent à 3 pales, parfois à 2 seulement ; enfin la cabine de dispersion qui réalise l'adaptation du courant électrique produit par la nacelle en un courant injectable sur le réseau électrique local.
Les éoliennes n'ont pas toujours une géométrie constante. En effet, elles doivent être capables de supporter les tempêtes et cette résistance aux vents violents peut être obtenue par une modification de la forme du rotor. En effet, les pales peuvent tourner le long de leur axe principal, ce qui permet d'adapter la géométrie du rotor à la force du vent pour obtenir le meilleur rendement, mais surtout de les basculer totalement pour réduire leur prise au vent. Le rotor ne cherche alors plus à tourner et l'effort axial est réduit. D'autres modèles possèdent des «volets». Il s'agit de l'extrémité de la pale, capable de tourner sur elle-même le long de son axe principal et ainsi d'opposer une force à celle due au vent sur le reste de la pale.

portrait

Jean-Michel Germa le pionnier

L'histoire est belle comme une « succes story ». Jean-Michel Germa, 60 ans aujourd'hui, docteur en sciences physiques et spécialiste en aérodynamique, revient d'un long séjour en Californie où il a vu tourner tout un tas de moulins à vent. Ce Catalan qui assure que ses ancêtres étaient meuniers dans le Lauragais, passe pour l'énième fois sur l'autoroute devant l'usine Lafarge de La Nouvelle. On est en 1989. Passionné d'énergies propres, il vient de créer la Compagnie du vent dans le but de promouvoir l'installation d'éoliennes. Il demande audience à la direction de l'entreprise et obtient, outre l'autorisation d'installer une éolienne juste au-dessus de l'usine, une aide substantielle de la cimenterie. « Je cherchais un endroit venté et pas trop proche d'habitations. Je savais qu'il y avait sur le littoral audois un très bon gisement éolien. Le premier aérogénérateur, (Ndlr : celui qui fête aujourd'hui ses vingt ans, lire ci-contre) je l'ai monté moi-même boulon par boulon se souvient-il. » Ce sera la première machine montée en France par le pionnier de l'éolien. Le succès est immédiat, même si l'aérogénérateur ne produit « que » 200 kW et se perche en haut d'une antique structure en treillis métallique. Très vite la Compagnie du vent fait des adeptes et les éoliennes se multiplient. Jean-Michel Germa et la Compagnie du vent multiplient les implantations dans l'Aude avec des machines de plus en plus puissantes. « C'est vrai qu'il y a une course à la taille, mais comparés à la première machine, les aérogénérateurs produisent aujourd'hui plus de 3 000 kW et jusqu'à 5 000 même pour des mâts de plus de 100 mètres. Une éolienne de 3 000 kW, fournit l'électricité consommée par 3 000 habitants environ. Ceci dit le potentiel de production dans l'Aude n'est pas encore totalement exploité mais les implantations vont être de plus en plus difficiles à réaliser. Il y a une pression bien compréhensible pour le respect des paysages. On ne peut pas mettre des aérogénérateurs partout. Il faut sans doute aller plus loin, mais déjà l'éolien dans l'Aude fournit 10 à 15 % de l'électricité consommée dans le département et fait vivre certainement un peu plus de 600 emplois directs dans la région. »

A La Nouvelle, la première éolienne de France à 20 ans

C'est en juin 1991 que la première éolienne de France a été implantée sur le territoire communal de Port-La-Nouvelle par la toute jeune Compagnie du Vent, créée en juin 1989 par Jean-Michel Germa. La filière éolienne française est née.
« À cette époque, cette implantation paraissait plus que saugrenue, il y a eu de nombreuses réticences car l'éolien était encore inconnu, tout était à inventer, explique Dominique Moniot, directeur du développement éolien de l'actuelle Compagnie du Vent. Pour le financement, là aussi, ça a été un vrai challenge, mais très vite l'Europe et la Région ont apporté leurs aides. Quant aux tarifs de l'électricité, comme il n'existait rien à cette époque, ils ont été calculés sur le modèle de l'hydraulique ». L'éolienne pionnière a été inaugurée par le ministre de l'Environnement Brice Lalonde.
Le site de Port-la-Nouvelle a été choisi car bien évidemment il offre un vent constant et de très bonne qualité mais aussi grâce à la proximité d'entreprises de construction : la société Lafarge a rétrocédé les terrains qui lui appartenaient et la société Lavoye a été mandatée pour les travaux de génie civil. Avec une puissance de 225 kW, la doyenne des éoliennes peut fournir la consommation quotidienne de 400 habitations environ. Une puissance qui reste importante mais qui paraît bien faible aujourd'hui si on la compare aux éoliennes de dernière génération comme celles du parc éolien de Cruscades -inauguré la semaine dernière par la Compagnie du vent- qui atteignent la puissance de 2300 kW.
Fabriquée par l'entreprise danoise Vestas -leader mondial sur le marché de l'éolien- cette éolienne de 43 mètres d'envergure paraît bien désuète avec son mât en treillis métallique. Un mât qui n'a d'ailleurs plus été réédité pour des questions esthétiques mais aussi sécuritaires : « Tous les six mois, les équipes de maintenance doivent accéder à la nacelle en grimpant sur une échelle à vue ; dans les mâts tubulaires, l'escalier de maintenance est dissimulé dans le mât et pour les plus récentes, il existe un système d'ascenseur », précise Dominique Moniot. D'ailleurs la doyenne des éoliennes a eu très vite de la compagnie puisque deux éoliennes cette fois-ci avec un mât tubulaire ont été implantées en 1993 : la première ferme éolienne de France est née sur le littoral audois.
La durée de vie d'une éolienne est d'environ 25 ans. Depuis 20 ans, la doyenne française n'a cessé de tourner. Elle a été déplacée de quelques dizaines de mètres en 1994 à cause de l'avancée du front de taille de la carrière Lafarge sur laquelle elle est installée ; puis a subi des travaux de réparation et de consolidation en 2008 car l'une de ses pales avait été endommagée par la foudre et l'ensemble n'était plus équilibré.
Quoi qu'il en soit, la doyenne française des éoliennes restera sur le site du parc maritime des Corbières qui comprend au total 15 éoliennes car elle est devenue un emblème du développement durable, elle sera préservée au titre d'un patrimoine historique témoignant de l'évolution énergétique de notre société.

Le chiffre : 1 300

euros > Le kilowatt. L'éolien, recyclage des installations et remise en état du site en fin d'exploitation compris, est actuellement l'énergie la moins chère. Un grand aérogénérateur actuel revient à 1 300 euros le kilowatt tout compris. L'éolien individuel coûte plus cher, son prix clefs en mains étant très variable.
« Le parc éolien de l'Aude fournit aujour'hui 10 à 15% de l'électricité consommée dans le departement et son potentiel de production peut encore grandir».
Jean-Michel Germa,fondateur de la Compagnie du vent

SABRINA REZKI

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